Mamie, le couple et moi…


Ma grand-mère et moi avons toujours beaucoup parlé, de tout, de rien, de sujets sérieux ou futiles. Adolescente, je me confiais davantage à elle qu’à ma maman. Avec le temps, nos discussions se sont faites plus rares. Nous nous voyons moins et son esprit n’est plus aussi vif. Pourtant il y a peu nous avons échangé sur le couple, le divorce, l’amour. Voilà en substance le contenu de notre conversation :

Concrètement elle ne comprend pas que tant de gens divorcent et selon elle, de son temps c’était différent. Oui, « de mon temps », l’argument ultime. J’essaie alors d’en savoir plus et d’aller au delà de ce simple constat. Elle me parle à nouveau de la rencontre avec mon grand-père, de ce coup de foudre, de cet amour parfait, de cette impossibilité d’être avec quelqu’un d’autre après sa mort. Il est vrai qu’elle a eu ce bonheur de rencontrer sa moitié, le seul, l’unique. La notion même de divorce, d’envie de se séparer de son mari lui est totalement étrangère.

Mais je me dis (et lui dis) qu’on ne peut être sûre d’aimer une personne jusqu’à la fin de ses jours, que l’on peut le penser à un moment donné avec foi et sincérité mais que parfois le temps et les événements de la vie changent la donne. Elle me le concède. Et puis elle me dit une chose qui m’interpelle. Effectivement, chez les gens de sa génération on parlait peu de divorce, ceux qui le faisaient étaient minoritaires et parfois (souvent ?) mal perçus. Forcément, cela ne donnait pas envie à ceux qui auraient eu idée de le faire de se lancer dans de telles démarches, très éprouvantes émotionnellement et certainement très complexes. Le « quand dira-t-on », le regard des autres, la rumeur aussi sur les motivations d’une séparation étaient autant de raisons de ne rien entreprendre, au risque de s’oublier et de vivre dans le déni, le mensonge… Et sans rentrer dans les détails ou la caricature, j’imagine que cela devait être d’autant plus complexe pour les femmes dans la mesure où elle disposait de peu de liberté en tant qu’épouse. Mais elle ajoute aussi : « je pense que les gens aujourd’hui ne prennent plus le temps de discuter, d’essayer de sauver leur couple. Parfois vivre à deux c’est surmonter les conflits. Il ne faut pas abandonner trop vite ».

Et je crois qu’elle a en partie raison. Quand je repense à mon couple, notre histoire, je me dis qu’il y a eu des moments de prise de bec, de remise en questions mais qu’à chaque fois nous en avons parlé. Chacun de nous a pris sur soi, tenter de comprendre l’autre et évoluer pour être mieux à deux. Être en couple ce n’est pas être en fusion totale en permanence et tout balancer dès que cette fusion est écornée. Bon ok, je caricature volontairement mais vraiment je trouve qu’il y a du vrai dans ce qu’elle dit.

Alors encore une fois, il n’y a pas d’explication unique à tout cela, je ne m’aventurerai pas à faire une analyse sociologique, ce n’est pas le but mais j’aime l’idée aussi que si nos parents, grands-parents divorçaient moins, ce n’est pas uniquement parce qu’ils ne pouvaient pas ou subissaient une pression de la société ou du modèle judéo-chrétien du couple et de la famille. Après, il est bien évident, que ça ne marche pas toujours et personne n’est à l’abri de vivre une séparation. L’amour peut  s’estomper, ne pas résister à l’épreuve de la vie à deux, de la vie de famille. Ne croyez pas que je juge les couples séparés, bien au contraire.

Mais je reste persuadée que la société dans laquelle nous vivons nous impose la réussite rapidement, la réussite professionnelle mais aussi personnelle, et qu’elle laisse peu de place à la construction de quelque chose de solide dans le temps, envers et contre tout, malgré les obstacles.

Vous me trouvez trop « vieux jeu » ? Qu’en pensez-vous ?

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11 réflexions sur “Mamie, le couple et moi…

  1. Voilà qui fait joliment écho à l’échange entre Adèle Van Reeth et Denis Moreau entendu vendredi dernier dans Les chemins de la connaissance (France culture), à propos de l’essai récemment publié par ce philosophe : « Pour la vie ? Court traité du mariage et des séparations »…
    Après tout, pourquoi le mariage (/ vie de couple) serait-il le seul domaine de la vie où l’on devrait réussir sans efforts, sans bosser ni faire de concession ? 😉

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    • C’est exactement ça ! Je crois que la réussite d’un couple, c’est aussi le fruit d’efforts et de concessions (je reprends volontairement tes mots). Je dirais même que tout ne coule pas de source et c’est aussi ce qui peut déstabiliser parfois.
      Merci en tout cas pour la référence, je la note précieusement.

      Aimé par 1 personne

  2. Mon papi est décédé cet été. Il avait 80 ans. Ils ont passé toute leur vie d’adultes ensemble. Il y a eu des hauts et des bas. Mais ils sont restés soudés. Unis. Jusqu’au dernier souffle de mon papi.
    Le divorce, ça ne se faisait pas, dans ce temps-là. Quand ma mère a quitté mon père, ça a choqué tout le monde, et c’était il y a 27 ans. Je crois aussi qu’on prenait davantage le temps de réparer ce qui était sur le point de casser, qu’on faisait plus attention aux gens et aux choses. Aujourd’hui, on prend, on casse, on jette. Il est trop tard quand on se rend compte qu’on aurait pu réparer.
    Récemment, on est passé par une crise, le Conquérant et moi. On a discuté, ça a sauvé notre couple.

    Aimé par 2 people

  3. Et bien j’ai beaucoup aimé ta discussion avec ta mamie.
    Je pense pareil qu’elle : aujourd’hui on ne prend plus le temps de discuter, ça ne va pas alors on s’en va. Certes de leur temps on n’était presque obligé de rester avec la même personne, mais je pense aussi que les couples étaient plus forts que ceux de maintenant…

    Aimé par 1 personne

  4. Bonjour à toutes
    En furetant sur le web, je tombe par hasard (ou presque) sur ce site : je suis l’auteur du livre « Pour la vie ? » dont il est question dans le commentaire de « L’ébouriffée ».
    Vos réflexions et commentaires sont remarquablement concordants. Il s’y exprime à mon sens une sorte de « sagesse pratique » dont mon livre n’a, au fond, pas d’autre ambition que d’essayer de proposer la théorie, avec mes petits outils de philosophe.
    Avec, il faut être conscient du caractère désormais relativement intempestif du genre de propos que vous tenez : par un curieux retournement, il est aujourd’hui devenu presque anticonformiste, et, comme on dit, « inaudible », de défendre la valeur d’un état de vie (le couple stable, et autant que possible heureux) dont on a si longtemps raillé le conformisme petit-bourgeois. C’est ainsi. Mais raison de plus, peut-être, pour ne pas renoncer à tenir ce genre de propos, même s’ils ne plaisent pas toujours (là, je sais de quoi je parle !)

    Sans aucun espèce d’obligation et encore moins d’urgence, si jamais vous jetez un oeil sur le livre, je serais heureux de savoir ce que vous en pensez (y compris en mal). Les « retours » des lecteurs sont toujours précieux pour moi (vous verrez à la fin du livre l’adresse d’une boite mail que j’ai créée pour ce genre de discussion avec les lecteurs)

    Bonne route à vous

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    • Merci beaucoup à vous d’être venu par ici pour échanger.

      Et je trouve que l’idée d’être presque « anti-conformiste » en défendant le couple, sa stabilité et le travail qu’il faut faire pour le maintenir à flot est très intéressante. Un couple doit se réinventer chaque jour mais la routine fait du bien. Le bonheur est un aspect de la vie essentiel pour qu’une relation perdure mais il se construit au quotidien, avec des hauts mais aussi des bas. Prenons le temps de donner vie à une union solide même si ce n’est pas toujours dans l’air du temps ! Bon encore une fois, chaque cas est différent et se séparer n’est pas non plus uniquement le résultat d’un manque de volonté à sauver son couple. Parfois, c’est inéluctable. Parfois, c’est même salvateur.

      je serai en tout cas ravie de découvrir ce qu’il en est de votre pensée sur le sujet en lisant votre livre bientôt, pourquoi pas !

      Bonne continuation !

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