« On (ne) croque que les pommes ! »


Applestrophe, peinture de Pierre Marcel

Applestrophe, peinture de Pierre Marcel

C’est l’histoire d’un petit garçon plein de vie et qui du haut de ses trois ans veut tout vivre à 100%. Ce petit bonhomme a soif d’apprendre. Il aime découvrir de nouvelles choses et est curieux de tout. Il a besoin de toucher pour mieux appréhender les gens, les choses, peut être pour mieux se les approprier. Il est entier, ne connait pas la demi mesure. C’est un gourmand : il aime manger, dévorer de bisous ses parents. Plus petit il sortait les dents quand il câlinait sa maman.

Comme tous ceux de son âge, il est parfois submergé par un trop plein d’émotions. Il est trop content, trop impatient, trop en colère, trop énervé. Alors il lui arrive de mordre : sa petite soeur, son cousin, parfois même ses parents.

Et puis un jour, il rentre à l’école. Sa maman sait qu’il faudra faire attention mais ne veut pas lui mettre la pression. Alors elle lui explique qu’il faut être gentil, doux  avec les  copains et les copines, sans trop insister non plus sur ses petites dents qui peuvent blesser. Pourtant il mord un garçon puis un autre. La maîtresse fait ce qu’il faut. Elle discute avec lui, lui dit qu’il ne faut pas agir ainsi. Elle le laisse un moment seul avec l’ATSEM pour se calmer. Trop de colère… Les autres mamans en sont informées sans avoir besoin de savoir de qui il s’agit. Elles sont sans doute un peu en colère, inquiètes, déstabilisées, à juste titre.

Une semaine passe, puis deux, puis trois. Le petit « mordeur » n’a plus mordu depuis. Tenant la main de son papy, il  croise dans les couloirs le petit garçon blessé et sa maman. Il tire alors la main de sa mère « C’est lui qui m’a mordu ! ». Elle semble encore très remontée puisqu’elle l’interpelle  sans même le saluer. Elle lui dit de ne plus recommencer sinon… Son ton est sec, son regard perçant. Elle ne montre aucune bienveillance. Alors d’une voix sereine, le petit carnivore conclut l’échange : « Et oui, je sais, on croque que les pommes. »

Car oui, il sait que c’est mal, il sait qu’il a blessé, il ne l’a pas fait par méchanceté. Il ne veut pas perdre ses copains mais s’il continue de mordre il se retrouvera peut être tout seul. Il ne veut pas, il aime jouer avec eux.

D’autres petits bouts de cet âge tapent, crient, se roulent par terre, griffent quand une émotion trop grande les submerge : frustrés, se sentant victimes d’une injustice, se défendant, les enfants parfois réagissent ainsi. Alors ils vont apprendre à gérer leurs émotions, à les dompter, à trouver d’autres moyens de les exprimer, tout comme les adultes sont censés le faire. Mais tout comme les adultes aussi, parfois la coupe pleine et déborde, la cocotte minute explose. C’est humain.

Cet enfant, c’est mon fils. Ce n’est pas un monstre. Il n’est pas méchant. Alors quand l’un de vos enfants sera victime d’un petit carnivore, d’un petit louveteau hurlant, d’une petite tigresse, prenez sur vous, faîtes preuve d’empathie, faites confiance aux maîtresses qui pour beaucoup savent être attentives à vos inquiétudes. Dites vous qu’à cet âge, vivre avec les autres est un apprentissage parfois plus compliqué qu’il n’y parait, que connaître au quotidien la promiscuité avec 25, 26 … 29 ou 30 autres petits bambins, c’est un bouleversement énorme dans une vie. Dites vous aussi que demain ce sera peut être votre fille, votre garçon qui se retrouvera stigmatisé. Doit-on si tôt les cataloguer et ne plus réussir à voir au delà de la première impression ?

Je suis maîtresse et t j’ai trop vu d’enfants isolés parce qu’on leur avait posé une étiquette sur le front dès leur plus jeune âge. Je suis maman et mon petit cœur à encore plus mal.

Soyons bienveillants avec les nôtres et tous ces autres qui partagent des instants de vie avec eux. La bienveillance n’est pas sélective, elle s’applique à tous et c’est ce qui la rend plus que jamais légitime !

 

« La modeste et douce bienveillance est une vertu qui donne plus d’amis que la richesse et plus de crédit que le pouvoir. » [La Comtesse de Ségur]

 

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5 réflexions sur “« On (ne) croque que les pommes ! »

  1. Bien vu et joliment raconté… C’est important d’apprendre aux enfants à vivre avec leurs émotions – c’est si compliqué. Certains adultes ont du mal avec ça. Éduquer, faire preuve d’empathie… Chouette maîtresse en tous cas !

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    • Oui, je me dis souvent qu’en tant qu’adultes (moi la première), nous n’arrivons pas toujours à gérer nos émotions. Alors il me semble primordial de toujours chercher à comprendre pourquoi avant de punir ou juger.
      (Et oui, sa maîtresse est très chouette !)

      Aimé par 1 personne

      • Émotions, sujet sensible… Voilà pourquoi j’adore les livres de Toon Tellegen, dont le dernier (N’y-a-t-il personne pour se mettre en colère ?) pourrait être lu par tous avec profit, parents, enfants, éducateurs, histoire d’apprendre à accueillir et comprendre ces torrents d’émotions. 🙂

        Aimé par 1 personne

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