Une fille en colère, le jugement populaire…


Je m’étais dit que je n’en parlerai pas, que de le vivre était bien suffisant, que c’était le genre de journée à effacer de ma mémoire car foirée de A à Z.

Et puis non, il faut que ça sorte parce que j’ai la boule au ventre…

Aujourd’hui nous décidons d’aller chez le Suédois, mon homme, les enfants et moi. Assez naïvement, nous pensons que tout ira pour le mieux, occultant nos trois dernières visites avec ma chère et tendre « chair de ma chair », ma gracieuse fille, ma « deuzan ». En ce moment elle n’est que caprices, rébellion et tirage de cheveux.

Aujourd’hui donc, elle commence à hurler à l’entrée du magasin, après s’être installée dans le petit siège du caddie, car elle préférerait marcher (enfin non, elle veut rester dans le caddie mais pas dans le petit siège… Bon finalement elle veut marcher mais seule, puis avec moi, ah non, en fait elle veut papa, puis elle ne veut plus rien… Ah si, elle voulait juste courir, puis tenter de sauter sur les lits, en ayant pris soin au préalable de slalomer entre les canapés).

Bref, elle hurle, elle hurle et ne s’arrête pas parce qu’on a osé contrarier ses plans.

Les regards des autres badeaux autour de nous se font de plus en plus insistants. Certains rient (« hihihi, regardent là cette sale gamine »), d’autres semblent choqués (« Oh mon Dieu mais quelle honte »), d’autres encore marmonnent ou font les gros yeux à ma fille (oui toi la vieille peau, je t’ai vu t’en prendre à ma petite chose hurlante!). Je deviens parano.

Alors que je tente tant bien que mal de la raisonner et de discuter avec elle, mon homme prenant le relais, je me sens de plus en plus oppressée. Comme dans un mauvais rêve, je commence à imaginer les gens chuchotant autour de moi, pouffant de rire, nous montrant du doigt.  J’étouffe, je me sens ridicule et minuscule, l’image de ces géants me jugeant et envahissant mon espace me plonge dans une vraie angoisse. Et ma fille continue de hurler…

Je n’y arrive plus, elle n’entend rien et tous semblent être contre moi, contre nous… Je prends ma fille sous le bras, elle hurle encore un peu plus fort. Je prends les chemins de traverse et je décide de sortir, j’ai besoin d’air, j’ai besoin de me retrouver dans un lieu familier, sans ces juges d’un jour. Ma voiture fera l’affaire.

C’était sans compter sur la botte de la demoiselle qui se fait la malle. Et évidemment, je ne m’en rends pas compte tout de suite. Je rebrousse chemin, tentant de retrouver le Graal, tout en me remémorant ma course. Et les gens continuent de nous dévisager car oui, ma fille ne s’est pas calmée. Une gentille dame me sort un instant de mon cauchemar en me désignant du doigt la botte de ma fille, là sur le sol. Son sourire plein de compassion me fait du bien. Et puis ce papa qui me regarde ramasser la chaussure, avec toujours cette petite chose bruyante sous le bras, et m’assène un joli « eh bin, bon courage ! »

Je repars au plus vite, j’arrive enfin à ma voiture. J’ai mal au dos, j’ai mal au ventre, j’ai un poids sur la poitrine. Et ma fille ne s’arrête pas, je souffre pour elle, tout en étant en colère. je décide de la laisser se calmer seule, toutes mes tentatives pour l’apaiser ayant échoué… Et puis elle s’endort. Alors je pleure…

Et finalement je suis en colère. Car oui, j’ai fait parfois partie de ces gens qui jugent, c’est nul mais c’est humain reconnaissons-le. Et puis je peux comprendre avec le recul que nous attirions les regards, des cris non-stop pendant de très longues minutes ça interpelle. Mais je n’arrive pas à comprendre celles et ceux qui se permettent d’intervenir. Ils blessent, heurtent, dénigrent, jugent sans connaître ces gens qu’ils ont en face d’eux. Il y a quelque chose là dedans qui me dérange profondément. J’aurais pu lui mettre une fessée, lui hurler dessus à mon tour ou la laisser faire tout et n’importe quoi, ne respectant aucune règle, juste pour avoir la paix, enfin selon eux… Mais non j’ai préféré lui faire comprendre qu’il y avait des limites, j’ai tenté d’argumenter, en vain. Aujourd’hui, j’ai perdu pied.

Ce soir ma fille dort profondément, je n’ai qu’une envie, la prendre dans mes bras pour lui dire que tout va bien, que c’est fini, que je l’aime. Je suis un peu plus apaisée.

Et puis je me remets en cause. Je dois vraiment prendre sur moi, savoir aussi me défendre, assumer ce que je fais et n’en avoir rien à FOUTRE du regard des autres sur celle que je suis, sur celle qu’est ma fille.

 

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7 réflexions sur “Une fille en colère, le jugement populaire…

  1. Comme je compatis… En te lisant j ai eu la boule au ventre, les larmes aux yeux… Je me suis revue il y a peu, tellement seule et impuissante face à ces « juges », face à ma troizan, à sa détresse et sa souffrance du moment M…
    J ai aussi malheureusement fait partie des ces autres, comme tu le dis, c est humain 😉

    Aimé par 1 personne

    • J’ai fait partie de ces autres mais je n’ai jamais rien dit. Ce genre de situation me gênait plus pour les personnes concernées qu’elle ne me gênait moi même. Aujourd’hui ma jauge de compassion est à son maximum 😉
      Je suis bien triste que tu aies eu à vivre ça aussi… Ca passera. C’est une phase difficile mais ça passera.

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  2. Serre la fort contre toi… les autres ne font pas mieux mais ils font semblant et cachent leurs petits pour faire les courses tranquillement. .. c est une etape dure mais continue et tire la langue au gens…. quitte a etre jugée autant que ce soit pour un truc valable!

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    • Ah oui, je penserais à tirer la langue, ça occupera leur dîner de famille, ils pourront parler de la vilaine mauvaise maman du magasin 😉
      Merci pour tes mots en tout cas. Et tu as raison, je pourrais cacher mes enfants mais je m’obstine et puis ça fait partie du jeu. Après je ne dis pas que parfois j’y ai pensé… Vivement que ça lui passe !

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