« Maman… euh… maîtresse Céline ! »


S’il y a bien une chose dont j’étais sûre en devenant professeure des écoles c’est que jamais ô grand jamais je ne serais la maîtresse de mes enfants, que ce  soit à la maison (pour en rajouter une couche, en faire toujours plus, pratiquer une forme d’activisme…) ou dans l’enceinte d’une école.

Cette année pourtant j’ai du faire face à cette situation que j’aurais préféré éviter : je remplace la maîtresse de mon fils depuis fin janvier et sans doute jusqu’à la fin de l’année. Dans d’autres circonstances j’aurais été ravie :  une classe de petite section (un niveau que j’apprécie et synonyme de défis au quotidien), des collègues sympas et solidaires entre elles, une école que je connais bien (mon école de rattachement, l’école de mon fils).

Oui, l’école de mon fils. Mais surtout la classe de mon fils… Vous comprenez le dilemme ?… Bref depuis 3 mois je suis officiellement « maman » et « maîtresse Céline ».

Autant vous dire que les questions se sont d’abord bousculées dans mon petit crâne d’enseignante : Comment vais-je gérer cette situation quasi « schizophrénique » (maman à la maison, maîtresse à l’école) ? Comment mon petit mec va-t’il m’accepter en tant que maîtresse ? Comment rester « objective » dans cette relation avec mon fils/mon élève ?

Pour être honnête, la première semaine a été très compliquée : il m’était quasiment impossible de me détacher de mon rôle de mère. J’étais sans arrêt sur son dos, à anticiper chacun de ces gestes, à lui en demander plus qu’aux autres, à ne pas tolérer chez lui certains comportements que j’acceptais chez ses camarades.  Je ne voulais pas qu’il soit au dessus du lot,  j’étais juste plus sévère, trop sévère…. et je me détestais pour ça. C’était aussi tellement injuste. J’ai fini par m’autoriser à prendre du recul, à lui laisser plus de libertés et m’éviter ainsi un ulcère avant la fin de mon remplacement.

J’ai alors jouer la comédie. Oui, j’ai mis mon costume de maîtresse et mon fils celui d’élève. Mon leitmotiv, ne pas craquer. Ne pas en faire trop, ne pas l’oublier non plus. Faire de lui un élève parmi 30 dont je ne dois pas m’interdire d’être fière comme je peux l’être des autres, que je peux aussi recadrer parce que justement c’est un élève comme les autres.

Un petit rituel à son initiative s’est même instauré assez naturellement. Dès la porte de l’école franchie, je deviens « maîtresse », même si les copains ne sont pas encore là le matin, même s’ils sont tous partis le soir. Il lui arrive encore de lâcher un « maman » spontané ce qui je dois bien l’avouer me rassure : non, finalement, nous ne sommes pas schizophrènes, par contre nous sommes devenus des pros dans l’art de compartimenter !

Petit à petit, nous avons pris nos marques. Je le laisse faire sa petite vie d’élève sans être de mon côté trop guidée par mon instinct maternel.  Il fait son petit bonhomme de chemin sans chercher mon approbation de maman, sans être non plus dans un conflit d’opposition mère/fils.

Et tout se passe bien. Les petits camarades ont bien saisi notre lien et sont encore trop jeunes pour s’imaginer un favoritisme fantasmé. Il nous aura fallu presque  3 mois pour en arriver là. Je peux même confesser que je savoure enfin la chance que j’ai : être là, dans sa classe, chaque jour, le voir avancer, faire des progrès, me rendre compte (en toute modestie bien sûr) qu’ « il déchire à l’école mon fils », c’est juste une expérience personnelle et professionnelle unique et si riche !

Alors oui, il y a toujours des moments plus compliqués, comme ce dernier vendredi avant les vacances où il a juste été IM-PO-SSI-BLE  en classe, puis ensuite à la maison. Double peine en somme. A cet instant-là j’ai maudit ce remplacement.

Mais finalement quand je pèse le pour et le contre, je me rends compte que le poids de la satisfaction l’emporte sur celui du « pétage de plomb » dans la balance de mes émotions de maman/maîtresse.

En fait,oui, je suis chanceuse et  je serais presque partante pour connaître tout ça avec ma fille l’année prochaine si l’occasion se présentait.  Enfin presque.

école

 

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8 réflexions sur “« Maman… euh… maîtresse Céline ! »

  1. Cette situation doit être difficile à gérer et très intéressante à la fois… Voir son enfant à l’école, mesurer ses progrès!
    Je ne sais pas si je pourrais dans quelques années à la prof de Lapinette… surtout quand elle sera devenue ado!

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  2. Bienvenue au club! je n’ai jamais eu les enfants (et je ne veux pas les avoir) dans ma classe ; mais je les vois souvent dans les décloisonnements: Pas toujours facile de se détacher du rôle de maman et en même temps c’est vrai qu’on a drôlement de la chance de les voir évoluer à l’intérieur! pour les autres parents, ce doit être frustrant! Profite de cette fin d’année unique, puisque vous semblez avoir trouvé tous les deux vos marques!

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