Vis ma vie de remplaçante – Top 10 des galères à surmonter au quotidien (et c’est pas rien)…


Dans la jungle  de l’Education Nationale existe une espèce bien à part : un peu sauvage mais à la recherche d’affection et de reconnaissance, la remplaçante mène une vie d’errance, baladant son gros cartable bien rempli d’une école à une autre, vivant en permanence dans la crainte des autres créatures qu’elle pourrait y rencontrer : maîtres et maîtresses enragés, élèves prêts à mordre, parents à l’affût. Polyvalente et caméléon, la remplaçante s’adapte bien à son nouveau milieu, créant même des liens, s’attachant à ces petites choses si mignonnes qu’on appelle enfants.

La remplaçante doit cependant régulièrement utiliser toute son intelligence, son savoir-faire et sa patience pour surmonter un certain nombre de galères qui feront d’elle LA remplaçante préférée, celle dont on oublie toujours le nom mais qui est drôlement sympa, ou au contraire celle dont on ne veut plus jamais entendre parler.

Voici donc les 10 galères les plus courantes auxquelles la remplaçante doit faire face au quotidien (et rien que pour ça elle mériterait bien une médaille, m’enfin, elle ne rêve pas) :

  1. La sortie piscine : la remplaçante débarque parfois dans une école, le coeur vaillant, de bonne humeur, se disant que le week-end sera bientôt là. Et puis arrive la directrice, le sourire aux lèvres, très accueillante, beaucoup trop pour être honnête. Elle est un peu gênée mais lui annonce qu’elle doit accompagner les 28 enfants de Petite Section à la pisicne, qu’elle dispose de la maman de Kévin et de Bernardo qui l’accompagnent en plus de l’Atsem Maryse, que tout va bien se passer mais qu’il faut quand même bouger son popotin car le bus les attend depuis 10 minutes ! Dans sa tête alors se bousculent tout un tas d’idées : simuler un évanouissement, évoquer une allergie au chlore provoquant d’énormes boutons purulents sur tout le corps, partir en courant, pleurer et réclamer sa maman. Et puis elle y va quand même, se flagellant intérieurement d’avoir pensé hier soir que l’épilation pourrait attendre,  maudissant sa conscience professionnelle qui lui dicte souvent d’avoir dans son coffre ses affaires de piscine, au cas où… 30 minutes plus tard, la voici dans l’eau avec 28 inconnus portant tous le même bonnet de bain, la même paire de lunettes de plongée… Elle  se promet tout de même d’aller brûler le décathlon le plus proche, histoire de se venger. Puis elle oublie.

    piscine koch

    Jack Koch

  2. Le service de cours : la remplaçante aime la récréation, ce moment merveilleux où avec un peu de chance elle peut prendre connaissance du programme de la journée qu’elle a seulement survolé, arrivant en classe juste à l’heure dans le meilleur des cas ou en retard le plus souvent. Enfin avec un peu de chance… Parce que oui, parfois la remplaçante est de service et doit donc surveiller avec attention 60 élèves déchaînés qui laissent échapper des cris de soulagement après ces quelques heures de captivité ou quelques pleurs parce que machin a tapé bidule. Et elle adore cet instant comme vous pouvez l’imaginer, elle apprécie tout particulièrement de rencontrer l’élève le plus terrible, les coins et recoins dangereux, seule ou mal accompagnée parfois. Et forcément c’est ce jour-là que Louis Mohamed décide de se fracasser le crâne contre le poteau qui n’avait d’ailleurs rien à faire là le con (le poteau hein).

    Jack Koch

    Jack Koch

  3. les collègues qui t’ignorent : en récré, elle fait connaissance aussi avec ses collègues. La plupart du temps ils sont charmants, lui proposant café, gâteaux et Xanax, lui demandant si Paul Andrew s’est bien tenu. Et puis d’autres fois, ils ne la voient pas. Elle est là pourtant, toussotant pour marquer sa présence, demandant où les toilettes se trouvent pour enclencher une discussion de fond, faisant des grands signes de la main pour pénétrer le cercle des élus, celui des instits titulaires d’une classe, ceux qui souffrent d’une déficience visuelle, plus connu sous le nom de « Jvoipalebouchetrou » aigüe.
  4. La recherche du Saint Graal, l’école de campagne :  tel Victor Novack sur sa moto, la remplaçante parcourt les routes de France, enfin de son département surtout, à la recherche de ce lieu tant convoité, l’école. Souvent elle repère l’église puis la mairie où dans une salle aux hauts plafonds se trouve LA classe où elle passera peut être la journée. Et puis un jour, il y a ce bled et ses mille lieux-dits et elle tourne, tourne sans rien trouver. Elle tente bien de faire appel à un ami ou un indigène mais personne ne semble vouloir se montrer. Quand elle tombe enfin sur la Claude et lui demande où est l’école, celle-ci lui répond qu’elle se trouve en face de l’église évidemment…  forcément.

    L’homme perdu dans le brouillard , publié chez Les Impressions Nouvelles, de Matthieu Berthod & Charles-Ferdinand Ramuz

    L’homme perdu dans le brouillard , publié chez Les Impressions Nouvelles, de Matthieu Berthod & Charles-Ferdinand Ramuz

  5. Le précieux micro-ondes : A ses débuts la remplaçante ne mangeait pas, trop occupée à corriger les cahiers, les fichiers, la dictée… Avec le temps elle est devenue plus efficace et trouve même le temps d’avaler un repas, comme ça sur le pouce, la dinguotte ! Elle sort alors sa gamelle remplie du reste des pâtes de la veille. Affamée et enfin débarrassée de la corvée du stylo rouge rose, elle s’avance un peu trop sûre d’elle vers la salle des maîtres. Et là, c’est le drame ! Pas de micro-ondes, ni de vieilles gazinière, rien, nada… La voilà donc assise seule sur sa chaise de petite section, face à la peinturlupette de « Elmer » le gros éléphant bariolé qui LUI a du bien manger ces derniers jours vu le tour de taille qu’il se trimbale… Les nouilles froides, c’est la vie.
  6. La farandole des prénoms : La remplaçante se doit d’avoir une mémoire d’éléphant (oui, décidément) pour retenir pour les 5 prochaines heures à venir les prénoms de ces petits êtres charmants qui, à chaque fois qu’elle confondra Louanne, Léanne, Méline, Elise, Lisa, Elisa et Lana,  poufferont de rire alors qu’ils ont eux-mêmes oublié qu’elle s’appelait Hildegarde. Mais elle finira bien par y arriver de toute façon car, ne l’oublions pas, c’est une super maîtresse !

    jack Koch

    jack Koch

  7. Le remplacement dans le spécialisé : la remplaçante n’a pas de préjugés. Elle peut enseigner à des enfants de la Maternelle jusqu’au CM2. Elle pratique le grand écart avec aisance. Pourtant, elle ne peut s’empêcher de flipper grave sa mère quand on l’envoie en IME, en ITEP, en SEGPA… parce qu’elle n’a pas été formée pour ça, parce que même si elle a une patience d’ange avec ces enfants en grande difficulté, elle vit difficilement le fait de se faire traiter de « TEPU », de recevoir des feutres en pleine tronche, de séparer deux ados voulant selon leurs dires se « défoncer » mutuellement leurs « sales gueules » respectives… La remplaçante est courageuse certes mais pas téméraire.
  8. Les élèves qui s’imaginent que c’est la fête du slip : La remplaçante aime le coloriage, c’est bien connu. C’est donc la super teuf quand elle arrive pour remplacer Monsieur Pichon. Et les voilà qui sautent, dansent,  lui parlent comme si elle était leur meilleure pote, lui racontent la vie de Tata Esmeralda qui fait les meilleures crêpes de l’Ouest. Mais parfois souvent elle est sérieuse et a une véritable conscience professionnelle qui lui dicte de les faire bosser un peu ces petits marmots. Et là, c’en est fini de la bringue… Au boulot ! Et puis ils finissent toujours par être sages n’est-ce pas ?!

    Na!

    Na!

  9. La classe non préparée : La remplaçante sait qu’elle peut remplacer une personne malade  qui n’aura donc pas laissé de travail ou de directives, la maladie restant difficilement prévisible. Mais elle peut aussi prendre la place d’un enseignant en stage et qui a donc eu toute la latitude nécessaire pour lui faire une prépa de classe aux petits oignons. Que Nenni ! Parfois Madame Pantani et Monsieur Kabilac préfèrent faire usage du post-it pour expliquer toute la complexité d’une journée de classe en CE2/CM1/CM2, c’est chic de leur part, les bougres !
  10. L’énigme de la porte close : La remplaçante surmonte donc un certain nombre d’épreuves mais elle finit toujours par enseigner, d’une façon ou d’une autre. Enfin parfois il lui arrive de douter. Elle repense à ce fameux jour : elle tourne autour de ce groupe scolaire immense, le plus grand de son département. Tout est fermé, plan Vigipirate oblige. Elle sonne à la porte principale mais personne ne répond. Elle tente de frapper à l’une des fenêtres  mais impossible, il lui manque un bon mètre pour atteindre la seule classe où semble évoluer des êtres vivants. Elle appelle même ayant finalement trouvé le numéro de téléphone de l’école.  Mais rien n’y fait, elle est désespérément seule. Elle veut bosser mais ne peut pas, c’est con tout de même. Et puis elle voit ce portail, un peu plus accessible que les autres, elle se dit qu’elle n’a pas le choix, qu’elle va bien devoir y passer. Et elle regrette alors la raclette d’hier, la choucroute du Dimanche, le chocolat quotidien. Bref, elle escalade, laisse tomber son sac, transpirant par tous les pores après ces instants de stress et de sport extrême. Elle voit soudainement débouler la classe des CM. Ils sortent pour rejoindre le gymnase… Bon une chose la rassure : ils sont avec leur maîtresse,  la maladroite qu’elle est ne passera pas le reste de la journée en leur compagnie.  Enfin tout de même, put**n de porte fermée !

    se moquer

    Ysope

Il ne nous reste plus qu’à espérer que cette espèce ne devienne la prochaine en voie de disparition… Elle pourrait s’avérer plus qu’utile à la survie de l’Education Nationale, cette JUNGLE !

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18 réflexions sur “Vis ma vie de remplaçante – Top 10 des galères à surmonter au quotidien (et c’est pas rien)…

  1. Heureusement qu’il y a des remplaçants, que ferait-on sans eux?
    J’ai été remplaçante des années, de longues années, avant d’avoir enfin mon précieux Graal, le concours et un poste à MOI. La première fois que j’ai été remplacée, avant mon congé maternité, ça m’a fait bizarre… j’ai filé TOUS mes cours à ma remplaçante, des dizaines de recommendations…
    Ah, Victor Novack, celui qui fait croire que remplacer au pied levé un prof est aussi facile que d’ouvrir sa fenêtre le matin…
    Je suis contente quand même de ne pas avoir choisi le primaire. Dans le secondaire, pas de remplacement si bref, pas en dessous de deux semaines d’absence. Et surtout, pas de piscine!!!

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    • Moi ça ne me déplaît pas les remplacements courts. J’ai très peu de travail à la maison et quand ça ne va pas, je relativise et me dis que ça ne durera pas.
      Après j’ai parfois envie d’une classe à moi, avec mes projets mais quand je vois l’engagement personnel que cela demande je préfère mon statut de remplaçante pour l’instant. C’est un vrai choix de carrière et cela reste très formateur, même après 8 ans comme TR.

      Quant à la piscine, ce n’est pas joli joli de ta part de remuer le couteau dans la plaie !!!!! 😉

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      • C’était un choix par défaut pour moi. Tant que je n’avais pas ce fichu concours!
        Mais après 5 ans de bouche-trou, je suis contente d’avoir mes classes, mes projets. Même si, effectivement, ça demande beaucoup plus d’investissement.

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      • Tant que mes enfants sont petits, j’apprécie les week-end sans boulot. Quand ils seront plus grands, plus autonomes, moins dans mes jupons (que je n’ai pas) je pense que j’aurais envie d’autre chose. Et là elle réalise que dans 15 ans ils seront sans doute encore dans ses jupons ^^

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