53 billets en 2015 : Je l’aime #47


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Difficile d’écrire en ce moment tant mon blog me semble futile, tant les mots sortent difficilement, tant mon coeur est lourd…

Et puis ce matin, après un week-end d’effarement, de peur, de douleur et d’incompréhension, j’ai repris le chemin de l’école, espérant ne pas avoir de remplacement pour rester auprès de mes collègues de Maternelle et les épauler si elles le souhaitaient. Je suis peut être un peu lâche mais j’avais surtout peur de ne pas trouver les mots à poser sur l’horreur des attentats, sur l’innomable…

La matinée commence donc avec cette permanence à la porte d’entrée pour contrôler les entrées et les sorties dans le cadre du plan vigipirate. Mes collègues et moi avons bien conscience que cela ne serait pas d’une grande utilité dans le cadre d’attaques comme celles de ce triste Vendredi 13 mais la loi nous l’impose et c’est notre devoir de citoyen que de s’y soumettre. Et puis je crois malgré tout que cette présence a un effet rassurant pour les parents qui savent que nous prenons la menace très au sérieux, même si la vie dans une petite ville de Province nous donne l’impression d’être moins en danger.

Rapidement je reçois un coup de fil de mon inspection. Je dois de ce pas partir remplacer la maîtresse des CE2/CM1 dans l’école juste à côté de la mienne. Il va bien falloir affronter la réalité, réussir à surmonter mes propres émotions pour expliquer, rassurer, écouter…

J’arrive dans la classe avec quelques minutes de retard et les questions fusent avant même que j’ai eu le temps de faire l’appel. C’est une chance, je connais grand nombre de ces élèves, ils me connaissent. Je les ai vus pour la plupart faire leur première rentrée il y a quelques années déjà. Et pour certains d’entre eux nous avons déjà passé une année ensemble. Ils se sentent en confiance, enfin j’imagine. La parole se libère.

Leurs questionnements sont intenses : ils veulent comprendre avec précision le pourquoi du comment, ils y vont franchement, ne veulent rien éluder. Il y a bien quelques enfants qui écoutent seulement, sans intervenir, n’ayant peut être pas besoin de parler, juste d’écouter mais la plupart ont besoin d’évacuer. Oui,  la peur et l’incompréhension surtout les submergent. Ils se sentent tristes et ont besoin qu’on leur dise que tous ces sentiments sont plus que légitimes. Mais la colère s’exprime peu. Ils cherchent simplement à comprendre ce qui leur semble si terrible et injuste.

Quand un garçon explique aux autres que c’est la faute des arabes, qu’ils ont fait ça, une camarade le reprend et lui dit qu’ils ne sont pas tous arabes et qu’ils peuvent bien venir de « plein d’endroits différents dans le monde ». Cette même petite fille , alors que nous parlions de la tristesse de l’une de leur camarade dans la classe voisine qui a perdu un membre de sa famille au Bataclan, dira même aux autres :

Mais les terroristes ils ont été embobinés par des méchants et  leurs mamans elles doivent être tristes aussi. En fait tout le monde est triste…

J’ai trouvé ces échanges tellement emprunts d’humanité et de tolérance. Ce que j’en garde c’est un sentiment fort de bienveillance.

Il faut qu’on reste heureux tous ensemble maîtresse pour qu’on soit les plus forts !

Etre heureux tous ensemble, cela me semble un bon programme pour l’avenir. C’est avec ces enfants qu’il s’écrira justement et il est important de ne pas les perdre en route, de faire vivre cette belle humanité. Etre humain c’est avoir peur, être triste parfois, ne pas comprendre ce qui nous arrive, être perdu mais c’est aussi et surtout ressentir cette envie de continuer, de vivre et pas seulement de survivre.

Ils m’ont tous redonné ce matin espoir et confiance. Je me sens plus sereine même si je sais que rien n’est réglé et que tout reste encore à construire. Il va falloir se battre et ne pas se laisser aller au repli sur soi, aux amalgames, à la peur de l’autre, la méfiance et la paranoïa. Ce sont eux qui nous y aideront mais nous devons les épauler, les soutenir, les porter chaque jour un peu plus.

Alors oui, je l’aime ce métier aujourd’hui plus que jamais. Je m’y sens bien, utile et entourée des bonnes personnes. Soyons là pour elles, elles sont notre avenir !

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©Rabii Rammall

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4 réflexions sur “53 billets en 2015 : Je l’aime #47

  1. ça donne de l’espoir en l’avenir, nos enfants encore si innocents et pourtant si lucides sont la lumière dans ces heures si sombres…A nous adultes, parents, enseignants de leur offrir un monde meilleur, de leur apprendre les vraies valeurs de la vie que sont l’amour, le respect, le partage…Merci pour ton si bel article !

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