Profite, ça ne durera pas…


Allez, avouez-le ! Vous aussi vous avez déjà entendu ces quelques mots qui sonnent comme une sentence définitive et irrévocable, une fatalité à laquelle personne ne peut échapper, une sombre prophétie qui plane sur nous chaque jour…

Replaçons les dans leur contexte, vous comprendrez mieux :

peu avant les vacances une collègue et moi parlions de nos enfants, de la  famille, de la difficulté à gérer et concilier vies professionnelle et personnelle. Je lui expliquais combien mes deux charmants bambins de 3 et 4 ans étaient doués pour me vider de toute ma substance vitale.  Je lui racontais leurs caprices, décrivais leur sale caractère, les dernières bêtises à la mode… Elle était attentive, semblait compatissante, écoutant mes plaintes de maman sans broncher. Pourtant au bout de quelques minutes d’échange elle finit par me dire :

Tu sais, tu devrais en profiter, ça ne durera pas. Quand ils sont petits c’est sympa mais à l’adolescence c’est une autre paire de manches. Là tu as des PETITS problèmes…

« Euh, pardon ? Tu as bien écouté le récit de leurs exploits ? Tu es sûre hein parce que là je n’ai pas l’impression…. Des petits problèmes ? Et puis quoi encore ! » Bon, « pour de vrai », je n’ai rien dit mais je l’ai pensé si fort ! Il faut  croire qu’elle a du oublier ou occulter les phases d’opposition et d’affirmation des enfants de cet âge. Ou alors sa fille devait être  un modèle de sagesse, d’obéissance et de douceur et mes PETITS soucis liés à mes PETITS enfants ne lui parlent pas vraiment…

Toujours est-il que je ne supporte plus d’entendre cette phrase. Pourquoi ?

Tout d’abord parce qu’elle semble relativiser ma souffrance et mes galères de maman et que si relativiser est très important, parfois j’ai juste besoin de soutien et de compassion. Il y a pire c’est un fait. D’ailleurs dans l’absolu il y a toujours pire mais à qui alors donner la palme de la souffrance ultime ? Ce genre de remarques ne fait que rajouter un wagon de plus au train de la culpabilité parentale (« Tu n’as pas honte de te plaindre ? » – « Oui, pardon, je ne recommencerai pas… »)

D’autre part, qui sommes-nous pour prédire l’avenir de nos semblables ? L’adolescence est certes une période difficile mais je ne suis pas le genre de personne à penser que ce sera forcément le chemin de croix pour tout le monde. J’ai été une adolescente facile et je ne pense pas être l’exception unique à la règle. Et même si comme beaucoup de parents je risque de galérer à quoi cela peut-il bien servir de donner un tel avertissement ?  Aura-t’il pour effet de mieux m’y préparer ? Ou ne fera-t’il qu’alourdir mon fardeau ? (« L’ombre de l’adolescence plane sur nos têtes, prions ! »)

Je trouve cette phrase terrible parce qu’elle semble ne laisser aucune issue, comme si nos vies n’étaient faites que de conflits se développant de manière exponentielle au contact de nos enfants, comme si tout ce qu’il y a de bon et agréable en ce bas monde avait forcément et invariablement une fin. Personnellement je crois plus aux cycles : il y a des périodes douces, heureuses et paisibles. Et puis il y a les autres, le tout s’en allant et revenant. Quand je recherche du réconfort je ne demande rien d’autre. Et quand c’est à mon tour de réconforter, je compatis, parle des jours meilleurs parce qu’il y en a toujours.

Malheureusement les parents ne sont pas les seuls à s’entendre dire de tels mots. Les couples en sont victimes aussi : « Profite des bons moments avec elle/lui, ça ne durera pas… » sous-entendant qu’elle/il changera et que la vie sera bien morne et triste après l’euphorie des débuts. Je crois surtout qu’il y a autant de parcours amoureux, qu’il y a de couples. Plus que du fatalisme, je pense qu’une relation évolue au fil des années. Chez certains la relation est moins passionnée, peut être plus sage mais pas moins forte pour autant. D’autres encore s’aiment toute leur vie comme au tout premier jour.  Et puis parfois ça ne marche pas, ça ne marche plus, c’est comme ça.

J’aimerais juste qu’à l’avenir la prochaine oreille attentive se contente de me dire simplement je compatis. Et puis PROFITE aussi. Profite parce que c’est fort, beau, doux, tendre, intense, unique malgré tout. Peut être que ça ne durera, peut être seulement.
En fait, nous n’en savons rien et c’est mieux ainsi. Alors ne jouons pas les oiseaux de mauvaises augures et savourons lorsque la vie est belle,  soutenons lorsqu’elle se montre plus cruelle…

PROFITE ! PROFITONS ! PROFITEZ !

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9 réflexions sur “Profite, ça ne durera pas…

  1. MERCI. Juste merci. Ça m’énerve tellement ce genre de remarques! « arrête de te plaindre c’ezt chou un enfant » oui oui. Mais c’est pas une sinécure. Pis si je ressens l’environnement de me plaindre et que je le fais avec toi, c’est parce que je pensais que tu serais une oreille pour écouter, et pas une bouche pour juger. « y a la guerre en Syrie hein ».
    Je suis partisane de « on vie chaque douleur et chaque difficulté à notre hauteur, on en oublié pas nécessairement que oui, ailleurs, y a pire.
    Bref, tu l’auras compris, j’en ai marre! Tu sais où tu peux venir te plaindre si tu as besoin: on echaffaudera même un plan de largage des marmots x)

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    • Complètement d’accord avec toi ! Je dis souvent que toutes les peines et les douleurs sont respectables et que ça n’empêche pas d’avoir aussi conscience de toute la souffrance de ce monde et de notre chance d’être là où nos sommes malgré tout.

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  2. Oh comme j’ai aussi du mal à supporter cette phrase !! Je ne peux comprendre qu’on veuille toujours minimiser ce que l’autre ressent. Si toi en ce moment c’est pas facile, pas besoin de rajouter une couche avec cette phrase idiote !! Comme tu le dis, on attend juste un peu de réconfort, ou même d’être juste écouté. Parce que oui je le pense vraiment, être maman ce n’est pas toujours facile (et à toute période petit ou adolescence). Et te dire que là pour le moment c’est plutôt simple moi ça me fait plus peur qu’autre chose … Parce que justement en ce moment c’est pas simple tous les jours (et ils n’ont que 5 ans et 2 ans et demi), alors autant en finir tout de suite non ? :p
    Après oui y’a des périodes plus faciles que d’autre (et heureusement). Et on est aussi bien consciente que c’est pas non plus le drame de l’année. Mais sur le moment, en parler ben on en a juste besoin ! Et il est pas toujours simple de trouver la personne qui sera vraiment le faire !

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    • Tu as tout dit ! Et nous sommes exactement sur la même longueur d’ondes.
      Je finis par mentir à certaines personnes quand elles me demandent si tout va bien avec les enfants car je sais pertinemment qu’elles n’attendent que cette réponse (ça va !) et qu’elle sera la leur.
      Merci pour ton commentaire plein de bon sens ! 😉

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  3. Moi aussi elle m’énerve cette phrase toute faite, on n’est pas dans la vie des gens, on n’a pas leur vécu, leur passé…

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  4. Cette phrase est aussi dites dans le sens ou il faut profiter des enfants lorsqu’ils sont petits voir bébés car ensuite c’est l’horreur …je déteste cette phrase qui m’a souvent été mise dans les dents étant enfant …Les gens qui disent cela ne se rendent pas compte de l’abandon perçu par l’enfant qui entend cela .

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  5. Pingback: Le dimanche …#08 | diabolo bleu

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