Chapitre 2 : Dans un souffle… [Comment ça commence ?]


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Ce billet est ma troisième participation au rendez-vous mensuel d’Agoaye « Comment ça commence ? ». Le principe : écrire un article « pour le plaisir, en suivant ses envies, ses instincts » et sans contrainte si ce n’est que chaque texte doit commencer par la même amorce de phrase, celle inscrite en gras. Pour en savoir plus, je vous conseille de lire le billet de présentation et si vous souhaitez participer le groupe facebook se trouve ici.

Je vais essayer au fil de ce rendez-vous de poursuivre l’histoire amorcée au mois de Février. En voici les premiers chapitres :

prologue

premier chapitre

***

(Avril 2016)

« Dehors, la lumière baissait déjà. Il n’a jamais su comment elle s’appelait durant les quelques jours passés ensemble… Mais il savait déjà qu’il ne l’oublierait jamais. Il était prêt à consacrer le reste de sa vie à  la retrouver même s’il devait pour cela franchir les montagnes les plus abruptes, les déserts les plus arides, les marais les plus sombres … »

Malena avait toujours adoré cette histoire mais ressentait à chaque fois une frustration immense quant à  cette fin inachevée des « aventures de Galardo » à la recherche de sa bien-aimée disparue si mystérieusement. Elle la connaissait par coeur et se souvenait avec émotion et amusement des longues soirées d’été sous le patio du manoir avec grand-mère Mathilde pour conteuse… En cette nuit d’insomnie elle avait ressenti le besoin urgent de retrouver le vieil ouvrage soigneusement rangé dans la petite bibliothèque qui occupait la majeure partie du boudoir du deuxième étage. Elle s’était tranquillement installée sur la méridienne en velours rose dont le dossier aurait mérité un petit rafraîchissement. Elle le nota dans un coin de sa tête parmi les mille et unes rénovations à mettre en oeuvre au plus vite. En attendant les coussins faisaient leur travail de « cache misère ».

Elle se sentait si bien à ce moment précis, dans cet autre lieu si chargé de souvenirs qu’elle trouva enfin ce sommeil réparateur tant désiré. L’ouvrage était délicatement posé sur sa poitrine, ouvert à la dernière page sur cette illustration fantomatique d’une femme partant pour une raison inconnue vers une destinée tout aussi insondable.

Pierre vint la réveiller le lendemain après avoir pris soin de la laisser profiter d’une grasse matinée bien méritée.  Il prit délicatement le livre dont la couverture en cuir montrait quelques signes de fatigue. Il caressa avec tendresse la joue de Malena puis posa un doux baiser sur ses lèvres. Elle ouvrit les yeux… D’abord agressée par l’intensité lumineuse de cette nouvelle journée qui commençait, elle fut ensuite rassurée par le regard plein de tendresse de Pierre et s’amusa encore une fois  de cette façon très « prince charmant » qu’il avait de la réveiller invariablement chaque matin. Elle n’était pas très romantique à vrai dire, contrairement à lui. Elle n’avait jamais rêvé d’être la princesse en danger que l’on vient sauver d’un dragon sanguinaire  ou d’une vielle marâtre jalouse. D’ailleurs ce qu’elle avait toujours préféré dans « les aventures de Galardo »ce n’était pas cette romance naissante entre deux êtres. Elle était davantage fascinée par cette héroïne  indépendante qui avait choisi de partir préférant de ne pas être soumise aux désirs du héros. Et la frustration qu’elle avait toujours ressenti venait de ces obscures raisons qui avaient guidé son choix et qu’elle ne connaîtrait sans doute jamais.

« A quoi penses-tu ? » lui murmura-t’il au creux de l’oreille.

« Je me disais que décidément tout ce qui est lié à cette maison et mes souvenirs avec grand-mère a un sacré goût d’inachevé… Non ? »

Pierre ne sut que répondre et la taquina en lui disant qu’elle avait des interrogations bien étranges de si bon matin. Il l’embrassa à nouveau et l’informa des nouvelles réservations en cours. Il avait du pour la première fois depuis l’ouverture refuser à un couple la possibilité de venir passer quelques jours au « Cocon de Mathilde ». Il en était très ennuyé et avait fini par leur proposer de leur offrir une nuit supplémentaire  à une date ultérieure s’ils pouvaient se libérer ce que les deux jeunes amoureux avaient apprécié. Ils lui promirent de le tenir au courant au plus vite.  Pierre, le combiné à la main, semblait d’ailleurs de nouveau obnubilé par de cet appel après ce petit interlude amoureux aux côtés de Malena.

« Mon impatient… » pensa-t’elle.

Elle resta là encore quelques instants, le temps de retrouver ses esprits. Il était presque onze heures et à cette heure-ci tous les hôtes avaient du prendre leur petit déjeuner. Ce midi personne n’avait prévu de rester manger, chacun profitant des bonnes tables de la région en ce dimanche ensoleillé. Elle se dit alors qu’un déjeuner sur l’herbe avec Pierre non loin du vieux saule de la propriété serait une bonne idée.  Elle descendit le coeur léger à l’idée de ce petit moment en tête à tête et se dirigea vers la cuisine. Elle ouvrit d’abord le frigo et y trouva quelques tomates, des restes de charcuterie locale proposée hier aux invités et une bouteille de vin rosé sec jurassien de 2011, un très bon millésime. C’est en tout cas ce que lui avait précisé le viticulteur chez qui elle se réapprovisionnait. Elle buvait très peu et n’avait pas le palet suffisamment aiguisé pour différencier un bon cru d’un autre. Elle prit la miche de pain entamée ce matin, deux verres à pied, le couteau que Pierre tenait de son père et glissa le tout dans un vieux panier qui traînait là.

Pierre ayant rempli les tâches du matin avec efficacité et sérieux , elle se retrouva avec un peu de temps devant elle. Elle alla donc le retrouver pour lui expliquer ses plans qu’il approuva sans réserve. La couverture à carreaux sous le bras, elle partit installer le repas en amoureux qu’elle venait de concocter en n’oubliant pas de faire un petit crochet par la grange pour y prendre quelques pommes.

Arrivée à proximité du vieil arbre en pleurs, elle étendit la couverture, mis son gilet sur ses épaules, le printemps clément de ce mois d’Avril le permettant, et s’y allongea s’abandonnant à de vieux souvenirs à qui elle avait de nouveau ouvert la porte…

*

(Juillet 1996)

Des fraises… C’est ce qu’elle était venue chercher ce jour là à l’épicerie du vieux Lucien. Elle avait toujours aimé venir ici, se souvenant encore avec nostalgie de ces bonbons achetés avec une pièce de dix francs donnée par Mathilde en récompense d’un après-midi passé à écosser les petits pois ou à ramasser les pommes de terre avec une fourche bêche. C’était son premier été chez sa grand-mère paternelle depuis le divorce de ses parents il y a quatre ans. Elle vivait avec sa mère et ne voyait que très peu son père parti vivre en Bretagne avec son autre famille. Les circonstances particulières de sa nouvelle vie l’avaient éloignée un temps de cette mamie qu’elle chérissait tant. Cette année était celle des retrouvailles et chacune éprouvait un certain soulagement à retrouver l’autre. Cet été était aussi celui de ses dix-huit ans et elles avaient toutes deux en tête une belle et grande fête pour marquer cet événement !

Malena resta un moment devant l’épicerie. Elle était partie si tôt pour être sûre d’être la première qu’elle se retrouvait maintenant à attendre l’ouverture de la boutique en tournant en rond comme une lionne en cage. Il n’y avait pourtant aucune urgence, les fraises auraient pu attendre. Et bien que la récolte fut mauvaise cette année-là, elle aurait pu tenter d’en sauver quelques-unes du jardin plutôt que de parcourir les trois kilomètres à vélo qui la séparaient du centre du village. Mais elle avait en tête bien autre chose. D’autres retrouvailles l’attendaient…

Depuis quatre ans, elle les avait imaginées mille fois. Elle savait que cette attente n’était pas partagée. Savait-il seulement qu’elle existait ? Elle était encore une enfant la dernière fois qu’elle l’avait observé sur la place de Marigny sur Seille avec sa petite troupe de copains, assis sur le bord de la fontaine, refaisant le monde, la 205 prête à démarrer pour les emmener traîner ailleurs après une remontée de bretelles en règles de Lucien, son père.  Elle avait presque quatorze ans, il allait en avoir vingt et un et c’était le deuxième été qu’il passait au bras de Marie, cette fille si froide et hautaine. Mais la jalousie de Malena ne l’aidait sans doute pas à la percevoir autrement.

Aujourd’hui, quatre longues années après, elle avait enfilé sa plus jolie robe, blanche et fleurie, que sa mère lui avait acheté avant de partir pour les deux mois d’été. Les fines bretelles qui maintenaient l’ensemble avaient tendance à glisser le long de ses épaules. Elle n’était pas très à l’aise à vrai dire dans ce genre d’accoutrement. Elle avait toujours préféré un bon vieux jean ou un short à une quelconque robe ou jupe qui l’obligeait à être attentive à chacun de ses déplacements. Elle avait d’abord attaché sa longue chevelure rousse en une natte qui se terminait au creux de ses reins puis s’était ravisée en lâchant le tout n’étant pas satisfaite du rendu qu’elle pouvait observer dans la vitrine de la boulangerie qui jouxtait le bar voisin de l’épicerie.

Huit heures… La grille de l’épicerie remonta lentement. Elle prit une grand inspiration et, dans un souffle, avança jusqu’à la porte et se décida à en franchir le pas  au son des clochettes de la boutique…

signature

 Suite : chapitre 3

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10 réflexions sur “Chapitre 2 : Dans un souffle… [Comment ça commence ?]

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  2. bien , nous avons le même type d’idée pour utiliser la phrase d’amorce … mais mon billet sera publié à la fin du mois … ta célérité m’impressionne !

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