Chapitre 3 : Dans un sanglot… [Comment ça commence ?]


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Ce billet est ma quatrième  participation au rendez-vous mensuel d’Agoaye « Comment ça commence ? ». Le principe : écrire un article « pour le plaisir, en suivant ses envies, ses instincts » et sans contrainte si ce n’est que chaque texte doit commencer par la même amorce de phrase, celle inscrite en gras. Pour en savoir plus, je vous conseille de lire le billet de présentation et si vous souhaitez participer le groupe facebook se trouve ici.

Je vais essayer au fil de ce rendez-vous de poursuivre l’histoire amorcée au mois de Février. En voici les premiers chapitres :

prologue

premier chapitre

deuxième chapitre

***

(mai 2016)

« Mais pourquoi diable avais-je mêlé ma mère à cette histoire ? » Malena s’en voulait tellement de l’avoir appelée. Après la séparation de ses parents elle avait toujours cherché à l’épargner estimant qu’elle avait eu sa part de souffrance. C’est ainsi qu’elle avait appris à régler ses problèmes toute seule depuis ses quatorze ans, peut être même avant, tout bien réfléchi…

Ce matin-là elle avait pris le combiné du vieux téléphone rouge à cadran que Pierre avait souhaité garder ajoutant au « Cocon de Mathilde » une énième touche vintage qui n’était pas pour lui déplaire. Pourtant à cet instant même elle maudit cette pièce de musée alors qu’elle tournait le disque rotatif de l’engin. Composer le numéro de sa mère lui sembla durer une éternité et un jour. Quand elle amena le disque en butée pour la dernière fois elle poussa presque un cri de soulagement. Elle n’eut pas le temps de savourer cette victoire très longtemps puisque qu’on décrocha presque immédiatement :

« -Allo ?!

– Simon ? C’est Malena.

– Malena, quelle surprise ! lui répondit-il d’un ton enjoué. Comment vas-tu ? Et Pierre ? Oh, il faut vraiment que nous venions vous voir, j’en parlais d’ailleurs à ta mère hier ! Et elle me disait…

– Justement, elle est dans le coin ? l’interrompit-elle gentiment.

– Non désolée Malena, elle est occupée ce matin, comme tous les mardis d’ailleurs, tu te souviens n’est-ce pas ? »

Oui elle s’en souvenait maintenant. Elle devait avoir un cours de yoga, à moins que ce ne soit la réunion hebdomadaire du club de lecture. En tout cas elle savait que sa mère ne rentrerait qu’en fin d’après-midi après avoir déjeuné avec quelques amies et passé l’après-midi à faire quelques emplettes.

« – Oui, c’est vrai, se reprit-elle. Ce n’est pas grave, je la rappellerai plus tard…

– Je lui dirai que tu as passé un coup de fil.  Je ne risque pas d’oublier, c’est si rare. »

Simon n’était pas quelqu’un de désagréable mais il avait ce don de la franchise qui parfois pouvait être blessant. Elle décida de couper court à l’échange poliment en prétextant l’arrivée d’un client désireux d’obtenir un renseignement. Elle le salua et raccrocha. Elle se sentit immédiatement soulagée de l’absence de sa mère. Elle s’était précipitée presque mécaniquement sur le téléphone ne voyant à ce moment précis aucun autre recours à son désœuvrement. Elle avait instinctivement pensé à elle car ce qu’elle venait de découvrir l’avait tout bonnement ramené plus de vingt-quatre ans en arrière dans cet appartement parisien de son enfance. Maintenant elle regrettait de l’avoir impliquée dans cette histoire et commençait déjà à penser au mensonge qu’elle devrait inventer pour justifier de son appel.

Elle fut interrompue dans le fil de ses pensées par l’arrivée de Pierre. Il paraissait étonné de la voir utiliser  le vieux téléphone. Il savait à quel point il avait le don de l’exaspérer. De plus elle ne répondait quasiment jamais  aux appels, détestant viscéralement ce mode de communication.

« La batterie de mon portable est complètement déchargée, j’ai appelé ma mère mais elle n’était pas là, lui asséna-t’elle sèchement, anticipant sa potentielle remarque. »

Pierre resta sans voix. Malena était d’une douceur à toute épreuve et ne s’énervait que rarement. Il sentit pourtant qu’elle n’était clairement pas dans de bonnes dispositions pour une quelconque taquinerie. Elle avait perdu son doux sourire qui s’était dessiné sur son visage ce matin  au réveil quand il était venu l’enlever des bras de Morphée. Son visage était maintenant fermé, ses yeux cernés et rougis comme si elle avait pleuré. Elle paraissait nerveuse et Pierre n’osa pas lui demander ce qui n’allait pas. Il pensa d’abord à une énième remarque franche et sans concessions de Simon et se dit qu’il ne servirait à rien de rajouter de l’huile sur le feu. Sa supposition ne lui suffisant pourtant pas complètement, il se décida de mettre les choses au clair un peu plus tard.

« – Je vais faire quelques courses pour le repas de ce midi. La fromagerie doit être ouverte et je dois aller me réapprovisionner à la coopérative viticole. Tu as besoin de quelque chose ?

– De calme oui. J’ai affreusement mal à la tête… Je monte, l’informa-t’elle froidement.

– Très bien.

– Je serai là à ton retour pour t’aider à préparer le déjeuner. »

Elle lui tourna le dos sans attendre de réponse de sa part et prit le grand escalier du hall pour rejoindre sa chambre. Pierre resta là un instant, un peu perdu et surpris de l’échange qu’ils venaient de vivre, bien que le mot subir semblait alors plus juste… Il reprit finalement le chemin de la sortie pensant déjà à son retour et aux quelques explications qu’il estimait mériter.

« C’est peut être le temps, pensa-t’il. Elle est sensible au manque de luminosité et ce mois de Mai ne nous a pas gâtés contrairement à Avril. Oui, c’est peut être juste ça. Rien à voir avec son appel ou même avec moi. Enfin j’espère… »

*

(Mars 1992)

Elle était là, assise sur la vieille couverture en tweed du canapé. Elle regardait par la fenêtre. Dehors la pluie tombait à grosses gouttes. Elle l’attendait. Elle ne devrait pas tarder. Elle avait jeter un oeil à son emploi du temps et aujourd’hui elle finissait les cours à seize heures. Elle ne traînait jamais. Elle avait peu d’amis à vrai dire et donc peu d’occasions de s’attarder à discuter devant les grilles du collège. Souvent quand elle ouvrait la porte elle poussait un petit cri à l’attention de sa mère pour signaler sa présence puis fonçait dans sa chambre pour faire ses devoirs et se plonger dans ses livres. Elle voulait devenir enseignante ou chercheuse bien qu’elle n’ait encore pas défini dans quel domaine. Trifouiller, elle adorait ça. Trouver des réponses puis d’autres raisons de s’interroger la passionnait.

Elle l’entendit alors  arriver.

« Maman, j’suis là ! j’vais dans ma chambre ! »

Elle se dit finalement que cela pourrait peut être attendre, qu’il n’appelait jamais et qu’il ne se risquerait pas de toute façon à l’avertir lui même, leur relation n’étant pas au beau fixe. Et puis elle détestait perdre du temps au téléphone, il le savait.

« Maman, ça ne va pas ? Tu ne m’as pas répondu quand je suis arrivée… Tu as une drôle de tête dis donc ! »

Elle avait pleuré une bonne partie de la journée alors oui elle imaginait bien à quel point sa mine déconfite devait la trahir.

« – Il faut qu’on parle ma chérie, lui annonça-t’elle.

– C’est papa ?…

– Et bien…

– Il ne reviendra pas demain, c’est ça ? lâcha-t’elle à la fois énervée et résignée.

– Oui ma chérie.

– Comme d’habitude, rien de nouveau. le travail avant tout, n’est-ce pas ?…

– Cette fois-ci c’est différent, il ne reviendra plus. Il habite ailleurs désormais.  »

Malena ne fut pas si surprise. Elle s’attendait au divorce de ses parents. Et c’est ce que sa mère semblait lui annoncer. Il n’était jamais là et quand il était présent, il ne leur accordait que peu de son temps. Qu’il soit avec elles ou à des centaines de kilomètres ne changeait finalement pas grand chose. Le mince espoir qu’elle entretenait encore concernant son changement et son investissement vis-à-vis de sa famille venait de partir définitivement en fumée…

Elle s’assit auprès de sa mère et lui dit qu’elle avait compris, que c’était la vie, qu’elles n’y pouvaient rien.

Sa mère s’effondra alors dans ses bras. Elle pensait ne plus pouvoir pleurer, elle pensait qu’elle saurait être forte, elle pensait qu’elle serait celle qui console. Malena, la tête sur son épaule lui caressait doucement le bras.

« Ca va aller maman, ça va aller… ».

Alors, dans un sanglot, elle réussit à articuler ces quelques mots :

« Il a une autre famille ma chérie. Une femme et deux fils. Et il part les retrouver en Bretagne… ».

Malena se mit alors à rire tant la situation lui semblait improbable. Mais son fou rire nerveux et disproportionné laissa très vite place à un grand vide. Elle se leva, partit s’isoler dans sa chambre où elle s’enferma pendant plusieurs jours sans que personne ne puisse réussir à la sortir de sa torpeur…

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Suite : Chapitre 4 

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7 réflexions sur “Chapitre 3 : Dans un sanglot… [Comment ça commence ?]

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