Chapitre 4 : Dans un élan… [Comment ça commence ?]


Comment-ça-commence-copie-1

Ce billet est ma cinquième  participation au rendez-vous mensuel d’Agoaye « Comment ça commence ? ». Le principe : écrire un article « pour le plaisir, en suivant ses envies, ses instincts » et sans contrainte si ce n’est que chaque texte doit commencer par la même amorce de phrase, celle inscrite en gras. Pour en savoir plus, je vous conseille de lire le billet de présentation et si vous souhaitez participer le groupe facebook se trouve ici.

Je vais essayer au fil de ce rendez-vous de poursuivre l’histoire amorcée au mois de Février. En voici les premiers chapitres :

prologue

premier chapitre

deuxième chapitre

troisième chapitre

***

(Juin 2016)

« Tu le savais, toi, que ce n’était pas un homme ? »

Pierre n’écoutait pas vraiment son père. Il pensait à elle, à ce qu’elle faisait peut être à cet instant précis.

« Pierre, tu m’écoutes ? »

Il y a une semaine aujourd’hui elle décidait de partir passer quelques jours chez sa mère et avait laissé pour seule explication un simple mot griffonné sur une feuille froissée qu’elle avait aimantée sur le frigo. Elle l’informait succinctement de son départ improvisé sans plus de détails.

« – Pierre, ça ne va pas  ?

– Si, si, papa, ça va. Mais j’ai tellement de choses à gérer depuis le départ de Malena. Je t’avoue que je suis débordé et que j’ai un peu la tête dans le guidon, tenta-t’il de se justifier.

– Tu as des nouvelles d’ailleurs ? »

Il n’avait rien dit sur les circonstances qui l’avait amenée à fuir. A vrai dire, il ne savait pas lui même ce qui avait provoqué ce qui ressemblait de plus en plus à une rupture… Il avait simplement décidé de faire comme si tout ceci avait été planifié, comme si Malena et lui continuaient de filer le parfait amour.

« – Oui, ça va. Elles ne se sont pas vues depuis longtemps alors j’imagine qu’elles ont des tas de choses à se dire, répondit-il essayant de cacher au mieux son embarras.

– Passe lui le bonjour la prochaine fois que tu l’auras au téléphone, lança gaiement son père qui mit fin à cette digression pour en revenir au sujet qui le préoccupait depuis son arrivée au « Cocon de Mathilde ». Je te disais donc que la personne que fréquente secrètement ta cousine était en fait une femme. Tu le savais toi que ce n’était pas un homme ? »

Ils furent interrompus par la sonnerie tonnante et perçante du vieux téléphone avant même que Pierre ait pu répondre à la question de son père ce qui, il faut bien l’avouer,  l’arrangeait assez. Il n’avait aucune envie d’évoquer la vie amoureuse d’une cousine qu’il ne voyait qu’une fois par an au grand repas familial du nouvel an. Elle pouvait bien coucher avec qui elle voulait, cela lui importait peu.

Il se dirigea à la hâte dans le hall qui n’était qu’à quelques pas de la cuisine et décrocha promptement le combiné, espérant enfin attendre la voix douce et posée de Malena. Mais encore une fois il fut cruellement déçu. Il n’entendit que celle d’une femme au fort accent allemand, plus rocailleuse et éraillée, et il comprit qu’il s’agissait sans doute d’une nouvelle réservation.

« Je te laisse, ta mère vient de m’appeler, elle a besoin de moi. Mais faut vraiment qu’on reparle de tout ça ! lui chuchota son père discrètement en quittant les lieux. »

Pierre lui fit un signe de la tête pour le saluer sans interrompre le fil de sa conversation espérant que celui-ci ne le prendrait pas pour une invitation à poursuivre d’autres commérages dans un avenir proche. Machinalement, sur un ton affable et sûr de lui, il continuait de prendre note des différents renseignements donnés par son interlocutrice. Puis il raccrocha. Amer et désabusé, il se remit rapidement au travail imaginant vainement qu’il pourrait oublier pendant quelques instants qu’elle n’était plus là.

*

Malena quitta sa mère très tôt ce matin-là. Elle venait de passer une semaine à ses côtés et elle se sentait désormais prête à retourner au « Cocon de Mathilde » pour mettre les choses au clair avec Pierre. Ce qu’elle avait découvert le mois dernier continuait de la hanter. Elle n’arrivait pas à se défaire de cette désagréable sensation d’avoir été trompée, manipulée, humiliée… Quand elle avait mis entre parenthèses sa carrière de paléontologue elle l’avait fait sans regret,  le cœur léger, la tête pleine de projets, sans vraiment renoncer complètement pour autant à ce métier qui la passionnait. Aujourd’hui elle n’était clairement plus sûre d’avoir fait le bon choix.

Si Simon avait tenté à plusieurs reprises de percer le mystère de sa visite solitaire impromptue, Hélène avait eu la délicatesse de ne rien demander. Malena s’était finalement contentée d’expliquer que donner vie à leur cocon leur demandait à Pierre et elle beaucoup d’énergie et soumettait leur couple à rude épreuve au quotidien. Elle avait donc souhaité prendre l’air et s’éloigner un peu pour mieux revenir. Elle ne savait pas si ses explications sonnaient justes mais ils s’en contentèrent.

Sur le chemin du retour, elle repensa à ce matin où elle avait cherché en vain sur l’ordinateur le mail de confirmation de ce jeune couple hollandais. Un autre couple avaient appelé pour réserver aux mêmes dates et elle leur avait promis une réponse avant midi.Elle se mit en quête de Pierre qu’elle ne trouva pas. Il ne tenait pas en place et avait toujours mille choses à régler, une vraie pile électrique. Elle retourna à l’accueil dans le grand hall et décida de l’appeler sur son portable. Elle l’entendit sonner, là, juste à côté d’elle, enfoui et oublié sous une pile de documents en vrac sur le bureau en chêne. Elle le prit et regarda presque involontairement l’écran de l’appareil. Il affichait six appels en absence en plus du sien. Malena inquiète se dit qu’il était peut être arrivé quelque chose à Martha. Son état de santé se dégradait et Pierre vivait dans l’attente d’un coup de fil de son père lui annonçant qu’elle n’en avait plus pour longtemps.

C’était le même numéro à chaque fois mais elle ne le connaissait pas et ce ne pouvait donc être celui de Lucien ce qui, après coup, lui sembla plus que logique. Si Martha avait été au plus mal il aurait forcément fini par appeler directement au cocon. Elle aurait du en rester là… Mais il y avait également un message et sans trop réfléchir elle se mit à composer le numéro pour accéder à la messagerie :

« Pierre rappelle moi ! Tu ne peux pas me laisser comme ça. J’ai besoin de toi, tu comprends. Je n’y arriverais pas si tu ne m’aides pas. J’en ai assez de me cacher, il faut qu’elle sache. Pour toi, pour elle, pour nous. S’il te plaît décroche ! »

Malena resta figée, abasourdie et hébétée après ce qu’elle venait d’entendre. Qui était cette femme suppliante et implorante qui l’avait appelé six fois en moins d’une demi-heure ? Elle n’osait comprendre tant cela lui parut ridiculement cliché. Se pouvait-il qu’il s’agisse de sa maîtresse ? D’une parmi tant d’autres ? D’un coup d’un soir qui ne se remettait pas de s’être fait larguer par un vieux goujat de quarante piges ?  Elle écouta une seconde fois les mots de cette femme. « Il faut qu’elle sache », « pour nous »… Nous ? Il formait donc déjà un « Nous ». Avaient-ils une histoire, un vécu commun ? Malena était perdue, désemparée. S’était-elle fourvoyée ? Elle décida de tout effacer.

Elle n’était pas habituée à gérer ce genre de situation. Elle n’avait jamais vraiment testé la vie de couple. Elle avait vécu de belles histoires mais avait toujours gardé une forme d’indépendance et avait systématiquement mis fin à toute relation demandant trop d’implication de sa part. Quand cela devenait trop compliqué ou trop sérieux, elle s’éloignait, refusant toute forme de soumission aux codes de la vie à deux. Son métier l’aidait d’ailleurs à mettre de la distance au gré de ses missions ce qui lui permettait de garder cette liberté qu’elle chérissait tant. Mais avec Pierre, c’était différent, du moins elle l’avait pensé jusque là…

Quelques heures plus tard sa voiture emprunta le petit chemin qui menait au manoir. Elle ne savait pas encore comment elle aborderait les choses mais elle n’attendrait pas très longtemps avant d’exiger des explications. Elle s’en voulait d’être partie sur un coup de tête. Elle avait bien tenté les jours qui suivirent la triste découverte de faire bonne figure et d’attendre le moment opportun pour en parler. Elle avait finalement eu sa mère au téléphone qui lui avait alors proposé de venir la sentant inquiète et perturbée sans vraiment savoir de quoi il en retournait. Pierre de son côté lui avait à maintes reprises demandé ce qui n’allait pas et cela avait eu le don de l’agacer. Car s’il la trompait vraiment ou lui cachait quelque chose, il ne manquait décidément pas de culot de la prendre ainsi pour la dernière des idiotes feignant de jouer le parfait gentleman s’inquiétant pour sa belle…

Elle se gara dans la cour à l’avant de la bâtisse, ce qu’elle ne faisait jamais, préférant habituellement installer son engin dans la grange qui lui servait de garage. Elle se dit qu’en passant par l’entrée principale elle rencontrerait forcément quelques clients ce qui obligerait Pierre à attendre un peu avant de lui sauter dessus comme un malheureux. Elle ouvrit sa portière et dans un élan de détermination elle emprunta sous une pluie battante les marches qui menaient à la grande porte massive en bois…

 

Suite : Chapitre 5 

signature

Publicités

4 réflexions sur “Chapitre 4 : Dans un élan… [Comment ça commence ?]

  1. Pingback: Chapitre 3 : Dans un sanglot… [Comment ça commence ?] | Céline et son Bric à Brac en Vrac

  2. Pingback: Chapitre 5 : Dans une larme … [Comment ça commence ?] | Céline et son Bric à Brac en Vrac

Dites moi tout !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s