Plus forte que la violence…


Cette nuit j’ai encore rêvé de lui. Il a déboulé, sans prévenir, faisant de moi son punching ball, son défouloir. Comme à chaque fois, je me sens seule, abandonnée : personne n’intervient, personne ne me défend. Mon homme n’est jamais présent dans ces cauchemars où il m’agresse. Ce n’est pas la première fois qu’il s’incruste, certainement pas la dernière. Le plus souvent il apparaît parce que quelqu’un a parlé de lui dans la journée, parce que d’une manière ou d’une autre un événement anodin m’a rappelé son existence.

J’ai beau avoir coupé les ponts, l’avoir sorti complètement de ma vie pour mon bien être, pour protéger les miens de sa présence toxique, mon frère a marqué à jamais celle que je suis et ses quelques incursions réelles ou non dans mon quotidien prouvent qu’on ne guérit jamais de la violence que l’on a subie.

Ma sœur et moi avons été ses victimes privilégiées. Peut être hante-t’il parfois aussi ses nuits ? Mes parents quant à eux ont voulu sauver les apparences et ont pensé pouvoir gérer ce fils qui d’une certaine façon leur échappait. Je leur en ai voulu pour cela mais désormais je vois les choses différemment. Ils étaient seuls dans leur souffrance, ils ont fait ce qu’ils ont pu. Ils en souffrent toujours, c’est certain, en partie parce qu’ils ont gardé le contact mais aussi parce qu’ils vivent dans la culpabilité d’avoir en quelque sorte échoué. C’est tellement dur parfois d’être parent… Une chose est sûre : nous ne sommes pas et ne seront jamais une famille complètement apaisée, il y a ce poids du passé.

J’ai grandi dans la violence, la sienne, celle qu’il nous imposait. Une violence le plus souvent verbale, faite d’humiliations, de moqueries, une violence qui rabaisse, détruit toute forme de confiance en soi, d’amour propre. Une violence physique aussi, des coups, des courses poursuites dans la maison pour échapper à sa colère, des objets cassés, des murs marqués par son poing dont il reste encore aujourd’hui une trace dans le couloir de l’appartement familial. Je n’ai jamais été sereine. Je vivais dans la crainte de ses réactions, de son agressivité. Chaque parole était pesée, mesurée, chaque mot était savamment choisi. C’était un tyran, le nôtre. Mais parfois je me rebellais. A mes risques et périls… Et puis un jour j’ai dit STOP. Je lui ai clairement fait savoir que s’il levait encore une fois la main sur moi, j’irais porter plainte, que je n’étais plus une victime. Je n’ai alors plus jamais subi ses coups mais les mots, cette violence qui ne laisse pas de traces, ont continué à blesser, menacer… Oui, un jour il viendrait m’étouffer pendant mon sommeil et je ne manquerais à personne, il me l’avait promis à travers la porte de la salle de bain où je m’étais réfugiée.

Puis j’ai eu mon bac, je suis partie. On se voyait parfois le week-end. Je le haïssais mais j’essayais de gérer tant bien que mal. Au hasard de son parcours professionnel, il est revenu quelques mois chez mes parents et c’est ma soeur, jeune collégienne, qui a d’autant plus subi son emprise… Je m’en doutais mais que pouvais-je faire alors à 100 km d’elle ? Mes études étaient mon refuge, monopolisaient tout mon être. Je m’en voudrais toujours de l’avoir un peu abandonnée… Sa haine nous a pourtant soudées malgré nos personnalités et nos caractères différents. On se serrait/serre les coudes. Et ce lien est plus fort que tout. Oui ma soeur, je t’aime, même si je ne te le dis jamais.

Ces mots/maux que je partage aujourd’hui sur ce blog ne sont pas que la triste histoire d’une soeur battue et humiliée. Ils se veulent aussi un message d’espoir. Car oui, on peut s’en sortir. Certes, je suis une personne fragile, à fleur de peau. Je déteste la violence, celles des autres, je déteste ma violence, celle que je ressens parfois, et il m’est souvent difficile de vivre dans ce monde de plus en plus en proie à toutes formes de haine et de rejet. Mais paradoxalement je suis également cette personne forte qui a construit une belle famille avec un homme qu’elle aime et qui lui a redonné confiance, des enfants merveilleux, intelligents et respectueux des autres.  Cette personne qui a su trouver de l’aide et qui a été soutenue (merci L. merci E.). Cette personne qui a dit STOP malgré le regard faussement incompréhensif de certains qui font encore mine de ne pas comprendre pourquoi il n’existe plus pour moi.

Je suis fière de celle que je suis aujourd’hui. Ma fragilité est aussi ma force parce qu’elle me pousse sans cesse à réagir, à me remettre en questions et elle m’oblige à aller de l’avant pour m’en sortir. Ne jamais rester seule avec sa souffrance est pour moi la clé. Personne n’est à l’abri de ces personnes toxiques/perverses. Mais ON PEUT S’EN SORTIR, on le mérite tellement. Je ne serai jamais vraiment guérie de cette violence mais je sais désormais que je suis plus forte qu’elle !

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10 réflexions sur “Plus forte que la violence…

  1. on apprend à vivre avec les traumatismes les plus lourds, mais il faut parfois être poussé dans ses retranchements les plus profonds pour prendre en compte la réalité des séquelles que cela laisse au fond de notre âme : notre propre construction, notre regard à l’autre, notre confiance sont autant d’éléments constitutifs de notre « nous » qui sont atteints, et qui font paraitre le travail presque insurmontable.
    Et pourtant.
    L’état de fragilité émotionnel dans lequel tu te trouves actuellement est, même si cela peut te paraitre dur de lire cela, une chance.
    Une chance de vouloir enfin sortir des conséquences que ton vécu provoque.
    On n’efface pas ce qui s’est passé mais on apprend à vivre avec.
    Plein de courage ma toute belle, je sais ô combien ce passage est douloureux. mais pour se reconstruire, il faut aussi passer par un stade de consolidation des fondations, qui ne se fait rarement sans mal.

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    • Non, ce n’est pas dur à lire. Tu as raison, ce que je vis est une chance de m’en sortir et d’être plus forte. C’est en ça que ma fragilité est paradoxalement aussi une force car elle m’oblige à agir quand ça ne va plus.
      Merci à toi ❤

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  2. Envie de t’envoyer plein de cœurs à la suite de la lecture de ton billet-témoignage.
    Tu te fais rare, j’espère que ça va.

    Oh et puis je ne sais pas si c’est un très bon conseil mais ton histoire me fait un brin penser au roman « lettres de l’intérieur », je te le conseille… Ou pas…

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